Musée de la porte : mémoire des forges .

La mémoire des Forges en images

Le musée de la Porte, avec l’aide de bénévoles, récolte les témoignages des anciens des Forges. Afin de remplir un “devoir de mémoire”.

N’oubliez pas de me regarder dans les yeux ! Il y a deux caméras, ici et là. ». Patrice Niset, casque son sur la tête, et son caméraman Philippe Paquay, préparent le matériel pour réaliser l’interview de Marie Mawet, bientôt 82 ans, un peu inquiète. A l’homme aux cheveux blancs qui l’observe du fond de la salle de la brasserie de Tubize, elle lance : « Claude, je contente que tu sois là, écoutes, des fois que je dirais une bêtise  » « Pourtant, on était un peu adversaires avant », sourit Claude Brohée. Il y a de nombreuses années, ils travaillaient ensemble, aux Forges de Clabecq, mais chacun, en quelque sorte, d’un côté de la barrière. Marie Mawet était quasi l’unique femme à travailler au sein de l’usine, et veillait au bien-être des ouvriers, en tant que médecin du travail, envoyée par un organe extérieur. Claude Brohée, 76 ans, était lui ingénieur au haut-fourneau. Tous deux apportent à présent leur témoignage au projet de mémoire collective « La mémoire des Forges », mis en place par le musée local de la Porte et les deux professionnels de l’audiovisuel, bénévoles.

Devant les caméras, Marie raconte son arrivée aux Forges, dans les années 70. « Un ingénieur a dit : une femme aux Forges de Clabecq, c’est nin possip » Les ouvriers l’ont, eux, mieux accueillie. Quant à leurs conditions de travail : « Les ouvriers étaient bien considérés, mais le lieu était assez dangereux, le travail était dur, et insalubre, mauvais pour la santé : les ouvriers respiraient les poussières de fonte Sans masque, parce que travailler avec n’était pas agréable. Il y avait aussi la chaleur… » Elle se souvient aussi de cet ouvrier intoxiqué au mercure parce son poste de travail se trouvait juste au-dessus d’un mélange de mercure et d’acier, ou encore – et toujours avec émotion – de cet accident de travail qui coûta la vie à un homme. Comme Marie, ouvriers, ingénieurs ou même actionnaires ont plongé dans leur mémoire pour offrir un regard particulier sur les forges de Clabecq, devant les caméras de Patrice Niset, à l’initiative du projet : « Il s’agit d’un devoir de mémoire, par rapport à un outil qui disparaît du paysage, y compris physiquement, puisqu’on est en train de tout raser… En fait, je suis un photographe amateur de friches industrielles, et dans ce milieu, Tubize était considérée comme la plus belle de Belgique voire d’Europe. Mais à force d’être confronté à à ces installations, et au silence de cette usine, j’avais envie d’en savoir plus. Ce silence devenait assourdissant. Des éléments tangibles montraient que les gens avaient travaillé dans ces endroits, et je ne comprenais pas trop bien que ce site n’intéresse plus personne. J’ai poussé la porte du musée communal de la Porte, et en quelques heures, on s’est rendu compte que nous avions des choses à faire ensemble. J’ai amené mes compétences audiovisuelles à Luc Delporte, et cela a débouché sur un site Interne t ». Celui-ci fournit des informations techniques sur l’usine, mais aussi la « mémoire immatérielle » des anciens, qui content leur vécu. Pour Luc Delporte, conservateur du musée de la Porte, ce travail nécessitait du « recul », pour laisser les blessures se cicatriser après la fermeture des Forges. Pour Patrice Nizet, « une série de gens ont déjà disparu, il est plus que temps de faire cela, pour pouvoir conserver la dernière partie d’une histoire, qui n’est en fait pas finie, puisqu’il y a encore 500 personnes qui travaillent sur le laminoir à Ittre ».

Claude Brohée, ancien du haut-fourneau, intervient en guise de consultant et a également livré son témoignage. « Ça me fait plaisir qu’on montre de l’intérêt aux Forges. Clabecq, c’était une industrie lourde, et on était attaché à ce métier. C’est quelque chose qui est en train de disparaître et nous ne tenons pas à ce que ça se perde. Dans cette usine, il y a beaucoup d’hommes qui se sont donnés à fond pour faire ce boulot. Et c’est une façon de leur rendre hommage. C’est une fratrie dont il doit rester une trace. Quand je suis arrivé en 1961, le travail était dangereux. Il fallait être un peu inconscient pour le faire. En tout cas, quand on était dedans, on était mordu. Près du feu, il y a quelque chose Ces fourneaux, ça fonctionne depuis 500 ans, on a amélioré le rendement, mais finalement, c’est la même base et ça fascine tout le monde. » A présent, Claude voit son ancienne usine disparaître sous les engins de chantier. Il reconnaît un pincement au cœur, mais il est fataliste. « Je savais bien que ça allait se passer comme ça. Certains se sont accrochés à l’espoir de voir les ruines transformées en musée, mais notre société n’a pas suffisamment de sous pour ça Déjà en 1974, je me disais qu’est-ce qu’on va devenir, on n’a plus de charbon, plus de minerais, les salaires sont élevés « , dit-il, ajoutant qu’en matière sidérurgique, on n’a pas assez anticipé les choses.

Quelle sera la postérité des témoignages recueillis ? « Pour l’instant, on considère le projet comme une éponge, on n’a pas d’a priori sur quelque sujet que ce soit. Mais il y a quand même un gros travail d’enquête, répond Patrice Niset. A terme, cela pourrait faire l’objet d’une publication. Je ne désespère pas non plus de trouver des financements, pour pouvoir mettre un réalisateur sur le coup pour retravailler les matériaux et en faire un documentaire. »

http://www.museedelaporte.be/index.php

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